L’épicier, le mauvais père et le maire

William Schuman
William Schuman

L'ÉPICIER, LE MAUVAIS PÈRE ET LE MAIRE

Il y a plusieurs moyens de décrédibiliser la chose politique, et les élections sont paradoxalement un des moments privilégiés pour se livrer à ce genre d’exercice.

Ce qui participe aussi du fait que nous nous rendons de moins en moins nombreux aux urnes. Avec le taux d’absentéisme record au plan national de 53% au dernières élections municipales, les Messins se sont singularisés par leur indifférence aux discours et aux pratiques politiques qui ont cours dans notre ville. Une ville dont le pouvoir est exercé depuis si longtemps par un seul homme ne peut vivre que dans l’idée que ce pouvoir revient de droit à celui qui l’a toujours incarné. Les élections venant avaliser après-coup l’effet du temps, les pesanteurs, les stratégies de conservation du pouvoir ou pire les élections deviennent alors simplement inutiles.

Il n’est certes pas anti-démocratique qu’un candidat puisse se présenter pour une septième fois au suffrages de ces concitoyens, mais il ne pourra que renforcer l’idée contre laquelle s’inscrit la tradition démocratique : il n’ y a pas de lien « naturel », de sympathie particulière entre un homme et une fonction politique.

Dès qu’un homme fait tout pour incarner un pouvoir, en décrédibilisant par exemple ses adversaires jugés indignes, incapables de lui « succéder », il va à l’encontre du contrat républicain où personne ne possède un titre de propriété dans le domaine politique, où personne ne succède à personne.

La ville de Metz n’est pas une épicerie, dont l’actuel propriétaire, triste de ne pouvoir se trouver un successeur, se verrait dans l’obligation morale, pour satisfaire ses clients, de continuer au-delà de l’age de la retraite. L’image de l’épicerie, qui en soi n’a rien de dégradante, est celle qui est utilisée par le maire actuel. A cela on peut répondre deux choses : un bon épicier doit anticiper sa succession, si en plus il est un bon père de famille, il passe la main à ses enfants, en s’abstenant de les critiquer constamment en disant qu’ils ne savent pas calculer, au lieu de céder le fonds ce commerce au comptable.

La deuxième chose plus fondamentale : le politique ne se confond pas avec l’économique, réduit lui-même à la gestion des moyens. Pour prendre des exemples prestigieux et lointains, les maires de Rome ou de Berlin ne considèrent pas leurs villes comme des boutiques, mais comme des lieux où vivrent ensemble implique de vrais choix politiques : politique de transport, politique social, politique culturelle. Que l’on me pardonne de rappeler cette évidence : les élections municipales sont des élections politiques !

William Schuman
Professeur de philosophie,
Colistier de Dominique Gros